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30 Mai 2026
FRANCE
M
ois de mai, premières chaleurs estivales bien qu'encore printanières ; partir aux confins des ‘2 Mondes’, trouver la fraîcheur d'un théâtre et des forêts de Sibérie. Vaison la Romaine, à la fois ici et loin, très loin, là-bas, par l’univers que je m’apprête à rejoindre.
Magie du théâtre conté, raconté, vécu ou presque, par la voix saisissante et captivante de William Mesguich.
Dès le début de Richard III, vu au théâtre des Gémeaux, durant le Festival Off 2025 (rejoué cette année dans la Chapelle du Roi René), avant même de sortir du noir, cette même voix se rendait inoubliable, par les premières phrases de la traduction faite par François-Victor Hugo en 1866 :
— Donc, voici l’hiver de notre déplaisir — changé en glorieux été par ce soleil d’York ; — voici tous les nuages qui pesaient sur notre maison — ensevelis dans le sein profond de l’Océan ! —
D'un univers à l'autre, il n'y a qu'un pas que j'ose franchir. L'hiver intense, glacial, suivi de l'avènement du printemps puis de l'été, les confrontations entre bien-être et angoisses solitaires, rarement partagées, les tempêtes et le calme, le sauvage et le magnifique, lac Baïkal à perte de vue tel une mer immense (700 km de long) et profonde (jusqu’à 1 km), et la cabane, mouchoir de poche soumise aux puissances infernales des éléments mais qui pourtant résiste ...
‘2 mondes’, 2 époques, 2 personnages, reliés par la même voix et la présence scénique magnifiques de l'artiste. C'est cela la beauté et la magie du théâtre : relier des mondes qui a priori diffèrent mais qui en fait se ressemblent.
Changer le monde est impossible, mais on peut le voir de manières différentes. Il suffit pour cela de changer d'angles.
William Mesguich est passé maître en la matière, depuis les traces suivies du père, prenant de la distance à l'appel d'une passion différente, qu'il lâchera malgré lui pour revenir vers le métier auquel il était destiné.
Changer le monde est impossible, mais on peut le voir de manières différentes. Il suffit pour cela de changer d'angles. Ainsi d'Artaud à Algernon, de Richard III à Vincent Van Gogh, de Sylvain Tesson à lui-même, William Mesguich est souvent seul en scène, en même temps tous ceux-là à la fois, distinctement, jamais pareils, mais chacun d'entre eux restant si présent, tellement inoubliable !... Magie de l'histoire racontée avec force énergie et passion pour l'art, le métier, le personnage interprété, la pièce jouée, et par-dessus tout, le public.
Ce public auquel il s'adresse toujours, qu'il tend à transpercer de ses émotions, à toucher en plein cœur. Et autant dire qu'il y parvient : sur une grande scène, dans un théâtre célèbre ou peu connu, dans la capitale, à Avignon durant le Festival Off, dans une moindre ville, ou même dans l’un des villages qu'il a un jour parcourus avec sa Compagnie, et qu'il parcourra sans doute un jour de nouveau, tant cela l’a enchanté et tant il souhaiterait repartir ainsi à pieds, sur les routes de France.
Après avoir fini la lecture du livre de Sylvain Tesson, je n'avais qu'une hâte : voir comment un tel récit pouvait être mis en scène. Cela ne fut ni aisé ni rapide. Je serais allée jusqu'à St Pierre d'Entremont (Isère) le 15 mai dernier si une programmation n'avait été prévue ce mardi 26 mai à Vaison la Romaine (Vaucluse), à guère plus de 50km d'Avignon. Une aubaine que je n'aurais manqué pour rien au monde, s'agissant de la 314ème fois (l'interprète me corrigera si je faisais erreur) que la pièce était jouée, et doutant d'une prochaine nouvelle programmation à proximité.
J'aurais sans doute préféré m’y voir confrontée à un décor restreint, pour vivre plus intensément le récit. Nul doute que mes émotions auraient été plus fortes en partageant cette aventure dans un 3 mètres sur trois. Occuper le plateau dans sa totalité est sans doute un choix de raison, qui n’a guère d’importance toutefois au regard de l'ensemble, des impressions et sensations finales.
Jusqu’à Maria Callas et La Norma, qui s’invitent dans cet endroit insolite, pour venir plus encore nous atteindre, et nous troubler.
Charlotte Escamez dans son adaptation, n’a ni retouché ni modifié les parties de textes sélectionnées. On retrouve bien ainsi l’ensemble de la philosophie et l’état d’esprit de l’auteur, en même temps que l'énumération des articles emportés : le choix des livres - qui seront lus comme jamais ils ne le furent, d'un bout à l'autre d'une seule traite -, la randonnée jusque chez l'ami voisin à 25 km, les tempêtes, les glaces du Lac Baïkal, la mésange qui annonce le printemps, les forêts, le bois coupé, le poêle amical, le tabasco et la vodka... et tant d'autres choses encore …
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Et puis le silence, l’introspection, les sentiments divers parfois contradictoires … Jusqu’à Maria Callas et La Norma, qui s’invitent dans cet endroit insolite, pour venir plus encore nous atteindre, et nous troubler … Sublime !
Merci l’artiste ! Et un immense bravo partagé avec lui à l’intention des membres de l'association qui gèrent le Théâtre des 2 Mondes où je venais pour la première fois, en particulier des deux techniciens en sons et lumières, qui ont admirablement géré cette partie délicate sur laquelle repose le jeu du comédien.
Bravo et merci également aux acteurs nombreux du monde du théâtre, auteurs, écrivains, qui font ce magnifique travail, et ainsi nous enrichissent, et nous font grandir. Gageons que leurs engagements sauront amener les jeunes, des générations présente et à venir, à s’asseoir sur les gradins des salles de spectacle avec leurs aînés.
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Sur ces remerciements et cet espoir, William Mesguich s'est glissé jusqu’à la sortie pour échanger, comme il le fait chaque fois en bord de scène, armé d’une simplicité et d’une gentillesse absolue, auprès d'un public conquis qui ne le lâchera plus.
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Réf : citation William Shakespeare (traduction et notes par François-Victor Hugo) Richard III
Textes établis par François-Victor Hugo - Œuvres complètes de Shakespeare Tome III : Les Tyrans - Paris, Pagnerre, 1866 p. 281-444â—„ Le Roi Jean Wikisource
LA TRAGÉDIE DU ROY RICHARD TROISIÈME
Dans les forêts de Sibérie
D’après le livre de Sylvain Tesson
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Adaptation : Charlotte Escamez
Mise en scène et interprétation : William Mesguich
Collaboration artistique : Estelle Andrea
Création lumières : Richard Arselin
Création sonore : Maxime Richelme
Scénographie : Grégoire Lemoine
Une pièce vue le mardi 26 mai 2026 à 21h
Au Théâtre 2 Mondes, 71 cours Taulignan à Vaison-la-Romaine (84110)
Tél. 07 83 37 97 66
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Dans le cadre d’une ‘semaine anniversaire’, pour fêter les 10 ans du lieu, William Mesguich jouait également le mercredi 27 mai à 21h, avec Alexandre Cattez, Gauguin – Van Gogh, une pièce de Cliff Paillé et David Haziot.
Retrouvez l’ensemble de la programmation liée à l’événement ici
Rendez-vous à Avignon pour :
Richard III au Théâtre Benoît XII, jeudi 4 juin 2026 à 20h, avec les ATP Avignon
Puis durant cette 60ème édition du Festival Off d'Avignon du 4 au 25 juillet 2026 :
Être ou ne pas être au théâtre des Corps saints à 13h25, relâche les jeudis
Des fleurs pour Algernon au théâtre du Roi René à 9h45, relâche les mercredis
Gauguin - Van Gogh au Théâtre des Gémeaux à 18h05, relâche les mercredis
Par ailleurs William Mesguich a assuré la mise en scène de Soie, à voir au Théâtre des Corps-saints à 10h, relâche les jeudis.