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26 Juillet 2026
FRANCE
J
e n'en peux plus de cette vie, j'en veux une autre."
L'amour absolu est sans doute l'une des plus belles inventions de la littérature. Mais il est aussi l'une de ses plus cruelles illusions. Belle du Seigneur d'Albert Cohen est moins une intrigue amoureuse qu'une vaste méditation sur le désir, l'illusion et la condition humaine, comme purent l'être La Princesse de Clèves, Le Rouge et le Noir ou Anna Karénine.
Publié en 1968 après près de trente années de travail, ce monument de la littérature française, couronné par le Grand Prix du roman de l'Académie française, dissèque la passion avec une rare lucidité. Derrière la rencontre de Solal et d'Ariane se dessine une mécanique où le désir et l'idéal, se consument peu à peu dans l'enfermement, la jalousie et l'impossible quête d'un absolu. Plus qu'un récit d'amour, Belle du Seigneur demeure une réflexion profonde sur ce que les êtres projettent les uns sur les autres, jusqu'à perdre de vue la réalité.
Comment transposer au théâtre une œuvre de plus de mille pages sans en trahir l'esprit ? C'est le pari relevé par Sébastien Lanz avec Et vivre était sublime. Pour la première fois, les éditions Gallimard ont autorisé une adaptation s'appuyant sur l'intégralité du roman.
Mais plutôt qu'une fidèle transposition, le metteur en scène choisit d'en déplacer le centre de gravité. L'action prend place dans une prison pour femmes où une gardienne et deux détenues voient leur quotidien bouleversé par un exemplaire de Belle du Seigneur. Le livre circule, fait surgir blessures, rêves et désirs enfouis, jusqu'à brouiller les frontières entre la fiction et le réel.
C'est précisément ce qui m'attirait dans cette adaptation. D'abord la perspective de retrouver ce livre que j'avais lu avec passion. Ensuite la curiosité de découvrir comment une compagnie pouvait faire émerger d'un roman aussi foisonnant une œuvre théâtrale d'une heure trente.
Le titre lui-même nourrissait cette attente. Et vivre était sublime me semblait presque paradoxal. Il évoquait une promesse lumineuse, là où Belle du Seigneur est avant tout le roman de la désillusion.
À l'issue de la représentation, il apparaît que cette tension constitue le cœur même du projet. Sébastien Lanz ne raconte pas Belle du Seigneur ; il s'en sert comme d'un révélateur. En plaçant la littérature au cœur d'un univers carcéral, il montre comment les mots peuvent ébranler les certitudes et les esprits.
La mise en scène accompagne ce glissement avec une belle sobriété, laissant progressivement l'imaginaire prendre le pas sur le réel.
Les trois comédiennes portent ce cheminement avec une remarquable justesse. Sans jamais forcer l'émotion, elles apportent une certaine sensibilité à ces femmes que la lecture transforme peu à peu. Leur jeu accompagne naturellement cette métamorphose, jusqu'à rendre presque palpable la puissance des mots et leur capacité à ouvrir un espace de liberté là où tout semblait clos.
« Agenouillés, ils souriaient… et vivre était sublime. »
Le spectacle répond-il à cette promesse d'une vie sublimée ou montre-t-il, au contraire, combien cette quête de l'absolu peut conduire les êtres vers leur perte ? C'est sans doute la plus belle réussite de cette adaptation : laisser cette question ouverte et inviter chacun à y apporter sa propre réponse.
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Cath - L'Art de Cath
Chroniqueuse en toute Liberté
Et vivre était sublime
Jeu Juliette Jougniaux, Justine Boulard, Héléna Vautrin
Adaptation, mise en scène Sébastien Lanz
Assistant mise en scène Régis Rossotto
Compagnie La Vie Moderne
Extraits de Belle du Seigneur d’Albert Cohen, éditions Gallimard
Photo © Philippe Hanula et Matthieu Lionnard
Festival Off D'Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026
A 20h30, durée 1h30
Théâtre Artéphile
7 rue du Bourg Neuf - Avignon
Relâche les dimanches 5, 12 et 19 juillet
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Théâtre Artéphile • 7 rue du Bourg Neuf • 84000 Avignon