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16 Juillet 2026
FRANCE
C
hristine, venue d’ailleurs, arrivée dans un village un beau jour il y a 20 ans ou presque, a repris seule le café jusqu’alors fermé.
Durant ces 20 années écoulées, elle n’a rien exprimé, à qui que ce soit, pas même à ses amis, de sa vie d’avant ; jamais parlé d’Alain, son mari, pendant que celui-ci purgeait ses années de prison, pour le meurtre ‘présumé’ de son frère, accusé de l’avoir poignardé, jugé, condamné. Personne ne sait s’il est vraiment coupable ou pas ; lui ne dit rien à ce sujet, ni le reconnait, ni le dément. Christine elle, est convaincue de son innocence.
Pourtant, une fois par semaine, elle s’absentait pour lui rendre visite. Ses absences étaient flagrantes, mais personne ne lui a jamais posé de question, n’a cherché à savoir pourquoi … Parce que chez ces gens-là, on pense, et on sait sans savoir vraiment.
Autant dire que l’étonnement est grand quand aujourd’hui, puisque la pièce débute à ce moment ou presque, Alain est libéré, et rejoint sa femme, muni d’un bracelet électronique, sous surveillance : il ne doit pas quitter le bar. Christine l’a attendu, ils revivront ensemble.
Mais immédiatement, Alain est amené à affronter par le biais du premier client qui se présente - un fermier du cru, un tantinet caricatural mais bien dans l’esprit du personnage tel que l’on pouvait l’imaginer -, le regard ‘des gens’ à l’esprit étroit. Cela s’avère évidemment bien compliqué, mais le serait plus encore si la fille du client, serveuse du bar, n’apportait sa conciliance et l’ouverture d’esprit de la jeunesse.
Suite à un accident dont l’auteur est inconnu, les choses vont se complexifier, les sentiments s’exacerber.
Dans ce décor désuet de café de village, où l’on sent bien que le temps est resté en suspens, la nature humaine s'exprime sans détour, les mots fusent avant les pensées. Chez ces gens-là, on juge volontiers avant de comprendre. On catégorise, on étiquette, on range dans des cases.
On ne chercher pas plus loin, puisque l’on croit déjà savoir. Pourquoi alors a priori, en savoir plus ? Et que dire quand l’individu est passé par ‘la case’ prison, cet univers d’exclusion qui à lui seul rend la vie en société si difficile à réintégrer ?
Parce qu’aussi dans ces campagnes en particulier, il y a des choses qui ne se disent pas. Les habitudes sont vieilles, les regards pesants, les réputations tenaces. On vit sous l'œil des autres ; il y a toujours « les gens » : ceux qui observent, qui supposent, qui racontent. Parce que chez ces gens-là, il en est ainsi depuis des générations. Les non-dits s'accumulent, les secrets de famille restent bien enfouis.
Auteurs et metteuse en scène signent ici une comédie dramatique d’une grande simplicité. C’est direct, simple, droit, comme les pensées et les mots qui s’expriment, l’esprit des personnages qui animent la pièce. Pas d’effets inutiles, on y parle comme on vit : avec rudesse, pudeur ou maladresse.
Au-delà de l’histoire de Christine et d’Alain, ‘Peines perdues’, interroge notre rapport au jugement, à la réinsertion, aux apparences et aux secondes chances. Comment reprendre une vie commune après vingt années d’absence ? Peut-on effacer le regard des autres ? Sommes-nous capables d’accueillir celui qui revient sans le réduire à son passé ? …
On retrouve dans ‘Peines perdues’, ‘un air de famille’ avec l’univers de Jaoui et Bacri. Cette comédie dramatique a vraiment tout pour plaire : des jeux justes et convaincants, de très bons comédiens, une histoire touchante dont des sujets sociétaux abordés parlent à tout le monde, de manière personnelle et collective, et nous interrogent.
Nul doute que vous vous laisserez gagner par sa simplicité profondément humaine.
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Cath - L'Art de Cath
Chroniqueuse en toute Liberté
Peines Perdues
Une pièce co-écrite par Marie Nardon et Patrick Zard’
Mise en scène : Marie Nardon
Interprétation : Justine Grave, Daniel Hanssens, Anne Le Guernec, Patrick Zard'
Compagnie LYRIKA LAB
Théâtre de l'Oriflamme, 3-5 rue Portail Matheron, Avignon 84000
Tél. : 04 88 61 17 75.
Festival Off, du 4 au 25 juillet, relâches les 9, 16, 23 juillet
A 19h05
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✔ (P) PARTENAIRE & RÉDACTION : CATHERINE GIRAUD Théâtre de l'Oriflamme • 3-5 rue Portail Matheron • 84000 Avignon