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20 Juin 2026
FRANCE
U
ne pièce coécrite par Grégoire Aubert et Thierry Desouche, dans une mise en scène réalisée par David Teysseyre et une mise en lumières de Léonard Cavadini.
Si je précise cela au début de mon analyse, c'est qu'il existe des nuances entre la pièce telle qu'écrite et celle présentée en avant-première du Festival Off d'Avignon, ces lundi 15 et mardi 16 juin, au théâtre L'Optimist.
En fait, au théâtre, le texte n'est jamais figé. Entre l'écriture originale et sa mise en scène, il fait l'objet d'interprétations, d'adaptations et de réécritures, ne cherchant pas à modifier sa perception et son sens, même si cela advient parfois. Chaque metteur en scène apporte son propre regard, faisant naître autant de versions possibles d'une même œuvre. Cette capacité à se réinventer sans cesse constitue l'une des caractéristiques essentielles du théâtre et explique son caractère profondément vivant.
Le philosophe Hegel va jusqu’à dire :
« […] il n’est pas sans importance, […] de penser à la représentation scénique qui exige impérieusement cette vivacité dramatique : j’irai jusqu’à dire qu’aucune pièce de théâtre ne devrait être imprimée, mais devrait être versée à l’état manuscrit dans le répertoire théâtral et ne pas être mise trop en circulation […]. » (Hegel, Esthétique)
Ainsi, ces caractéristiques d’adaptation, cette liberté, apportent à l’œuvre écrite originale une part de ses qualités. Il advient cependant que certains auteurs s’y refusent, faisant en sorte que leur œuvre soit inadaptable : or une pièce rigide ne peut avoir qu’une existence limitée, par la lassitude qu’elle pourrait procurer, au risque de la faire sombrer dans l’oubli.
Pour avoir lu le texte édité et vu la pièce dans cette adaptation, il est évident que cette interprétation lui a déjà ouvert les portes vers une vie propre, un horizon indéfini et illimité.
Aussi un auteur se doit-il d’apporter un livre ouvert, duquel metteurs en scène, en lumière et en musique, décorateurs, costumiers, ... peuvent extraire une vision personnelle, la substantifique moelle, en réaliser en somme une adaptation. C’est là que le texte prend vie, fuit son auteur pour s’en remettre à la liberté créative du metteur en scène et de ses associés, devient un travail collaboratif, n’appartient plus à une personne mais à plusieurs.
Quoiqu’il en soit, en accord ou pas avec cette réflexion, parler d’existence et de liberté, de naissance et de mort, de vie et d’âme, ramène naturellement à ‘Derniers jugements’. Pour avoir lu le texte édité et vu la pièce dans cette adaptation, il est évident que cette interprétation lui a déjà ouvert les portes vers une vie propre, un horizon indéfini et illimité.
Au-delà de cela, sur cette scène de l’Optimist, ce qui a été vu relève des qualités artistiques de chacun : auteur, metteur en scène /scénographe, créateurs lumières, sons et musiques, …comédiens. Tous ont de toute évidence associé leurs qualités et compétences pour présenter leur version de cette utopie mi-drame mi-comédie, qui interroge tout en distrayant.
Impossible de dire vraiment où vous vous situez : il en va de votre imagination, au moins pour le commencement. Même si vous semblez être guidé dans une direction, il reste difficile d’y croire. D’ailleurs les trois personnages ne vous y incitent pas ; pas plus par leur comportement, que leurs attitudes ou leurs paroles. Il fallait bien imaginer un état correspondant aux intentions de l’auteur…
Les comédiens expriment avec justesse l’image qui leur a été attribuée : celle d’un homme mis face à ses erreurs de jugement, de choix de vie, d’orientations et amené à en assumer les conséquences pour l’un (Henri Dutertre / Grégoire Aubert) ; celles de deux entités jubilatoires dont les postures nous ravissent, autant par leurs modes d’expression que par leurs jeux et dialogues, pour les deux autres (Yves Sauton et Hélène Péquin).
Les échanges sont riches, délivrent un grand nombre de propos et de sujets plus ou moins interrogateurs selon nos convictions : choix de vie terrestre et matérielle, questions existentielles d'idéal, de morale, de croyance, de mort, d'au-delà, de dieu …
Vous l’avez ainsi compris, la pièce vous propulse dans un univers purement idéologique. Mais l'intérêt, la curiosité, le plaisir, sont réels, du début jusqu' à la fin, bien que légèrement absorbés par l’intensité du texte déjà épuré. Cependant au-delà de cela, vous serez assurément saisis par l’ambiance créée par la scénographie, et par la sensualité, la faconde, l'ironie sarcastique, qu'émettent respectivement les trois comédiens dans leurs interprétations.
A n’en pas douter, en cette mi-juin, un avenir s’est ouvert devant les ‘Derniers jugements’. Souhaitons que cette comédie dramatique en attire plus d’un(e) vers d’autres horizons : il y a en elle tant à exprimer et à dire, de différentes façons !
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Cath - L'Art de Cath
Chroniqueuse en toute Liberté
Derniers Jugements ou quand le fantasme façonne le destin
Une comédie dramatique de Thierry DESOUCHE et Grégoire AUBERT
Avec : Hélène Péquin, Yves Sauton, Grégoire Aubert
Mise en scène : David Teysseyre
Création musicale : David Richard
Création lumières : Léonard Cavadini
Festival Off d'Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026 à 14h55
Durée : 1h15
Au Théâtre de l'Optimist, 50 Rue Guillaume Puy à Avignon, 84000
Tél pour réservations : 04 65 87 92 15
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Théâtre de l'Optimist • 50 Rue Guillaume Puy • 84000 Avignon