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9 Juin 2026
FRANCE
Commençons par relever quelques mots parlants pour expliquer le sujet de la pièce : enfants, vol, adoption, identité, famille, ADN, recherche des origines. Puis ceux du titre : mécanique (matériel) et famille (conceptuel) : une opposition remarquée immédiatement qui interroge ’automatiquement’.
Puis opérons un retour en arrière, en intégrant les véritables parents de Soledad et leur histoire, pour suivre la ‘mécanique’ de la mise en scène : 1976 à 1983, la dictature qui s’est installée est à l’origine de 30 000 disparitions d’opposants politiques au régime. Des individus et des familles complètes sont arrêtés, incarcérés dans des camps clandestins (dont l'un se cachait derrière une enseigne d'École de mécanique).
Un drame humain dont les répercussions se poursuivent aujourd’hui et se poursuivront longtemps…
Cinq cent enfants nés de jeunes mères enceintes leur sont retirés, enlevés ; les parents ‘évaporés’, les nouveau-nés sont confiés à des couples parmi les militaires au pouvoir, commanditaires de la junte ou partisans ‘apropiadores. S’ensuivent l’effacement et le remplacement de l’identité des bébés par l’établissement de faux actes de naissance. Les enfants seront élevés sans que leur soient révélées leurs origines et en conséquence, leurs histoires.
Un drame humain dont les répercussions se poursuivent aujourd’hui et se poursuivront longtemps… Ainsi, les ‘Grand-Mères de la Place de Mai’, un mouvement né en 1977, recherchent encore grâce à l’ADN, à faire remonter les véritables identités de ces enfants adoptés. Depuis, cent trente-neuf d'entre eux ont été réattribués à leur famille natale.
Martin Kindermans, auteur et metteur en scène de la pièce, a l'Argentine dans les veines ; on comprend que le sujet soit grave et d’importance pour lui. Il le présente ici et met en avant au-delà de cette situation particulière, le caractère essentiel de la connaissance de ses origines. Se révèlent en abordant le sujet, les immenses problèmes et difficultés qui lui sont liés : déni, devenir psychique, reconstruction de l’histoire familiale …
Selon les cas, s’affrontent le refus de savoir et/ou de changer, et l’envie de connaître son histoire (famille, parents …). Les deux personnages féminins, Soledad et Constanza, se révèlent être dans cette opposition.
La dimension collective est représentée par ces deux cas particuliers. Et les difficultés psychologiques sont largement mises en avant !
Pour la première, prime la réalité de la destruction associée à une image de reconstruction, le besoin de ‘se recréer’, de recouvrer sa véritable identité, le rétablissement des liens rompus violemment avec sa famille d’origine. La fin de la victimisation amène Soledad au bout de dix ans de cheminement, à retrouver sa sœur et à l’inciter à rechercher ce qu’il en est pour elle.
La comédienne incarne pour cela une parfaite maîtrise d’elle-même, voire de froideur, qui la dissocie complètement et lui donne l’aptitude d’analyser et de parler avec conviction et de manière déterminée.
Pour la seconde, la situation est totalement différente : Constanza se trouve dans l’impossibilité totale apparente de dépasser les souffrances que cette situation déclenche. Son jeu le démontre totalement, tant en expressions qu’en transmission des sentiments et des émotions.
Ainsi dans ‘Mécanique d’une famille’, la dimension collective est représentée par ces deux cas particuliers. Et les difficultés psychologiques sont largement mises en avant : extériorisation et mise à plat de son vécu, échange et dialogue permettant d’alléger la souffrance, déni, aptitude à lutter et à affronter la noirceur et les ombres …
Il y a dans cette pièce un message fort de transmission d’une urgence, dans un monde où l’importance des migrations et de l’immigration soulève le véritable problème de la conservation de ses origines et de sa culture ; celle de ne pas oublier qui l’on est. L’importance aussi de s’aider soi-même pour pouvoir aider les autres.
Philosophiquement parlant, ‘Mécanique d’une famille’ pointe sur le non-sens de choix et d’actions humaines, sur la nécessité de lutter pour son intégrité, celle des autres et celle de l’humanité. Pour y parvenir, ou même simplement survivre, se révèle l’absolue nécessité de consolider son identité et de convaincre les autres à le faire … Question d’intégrité.
Et parce que le temps efface les traces et qu’il ne faut surtout pas oublier, un travail de pensée, d’analyse, de parole et de mémoire est indispensable. A l’opposé du système dictactorial qui impose et utilise l’oubli comme une arme d'État.
Une pièce forte pour un sujet difficile et grave, à voir absolument pour contribuer au travail de mémoire populaire et collective qu’exerce de manière tout à fait légitime, le porteur de cette histoire vraie.
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Cath - L'Art de Cath
Chroniqueuse en toute Liberté
Mécanique d'une famille
Une pièce vue à l'occasion de la Générale de presse, le jeudi 4 juin à 19h, au Théâtre de l'Oriflamme
Martin Kindermans, auteur et metteur en scène
Avec :
Valentine Daruty : Constanza, Carmen (la mère)
Thomas de Fouchécour : Rafael (le père), le notaire
Marion De Schrooder : Soledad, Gabriela
Alexis Parmé - Création lumière
Salma Bordes - Scénographie
Juliette Thibault - Costumes
Compagnie française Le Petit Manteau Jaune
Musiques : Leandro Lacapère - Marie-Anne Faupin - Mathias Naon - Clément Combacal (créations originales sur des rythmes de tango argentin)
Dominique Lhotte - Presse
Christophe Paris - Diffusion
3-5 Rue Portail Matheron, 84000 Avignon
Du 4 au 25 juillet, relâche les 9, 16, 23 juillet
A 17h35 - Durée 1h10
Tél. réservation : 04 88 61 17 75
Utilisation du logo "Ace and Co" avec l'aimable autorisation de Dominique Lhotte
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✔ (P) PARTENAIRE & RÉDACTION : CATHERINE GIRAUD Théâtre de L'Oriflamme â—‹ 3-5 Rue Portail Matheron â—‹ 84000 Avignon