Passion 💖 Musiques 🎶 Loisirs
22 Juillet 2026
FRANCE
I
Il y a des textes que l’on ne peut pas oublier, des pièces qui, à chaque génération, trouvent de nouveaux interprètes pour moins parler d'une époque que de la nature humaine. 'Un air de famille' est de celles-là.
Lorsque Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri l'écrivent au début des années 1990, ils signent bien davantage qu'une comédie de mœurs. Ils auscultent avec une précision d’horloger les liens familiaux, les rancœurs accumulées, les humiliations ordinaires et ces silences qui pèsent parfois plus lourd que les éclats de voix.
Leur écriture, alimentée par une observation impitoyable mais non dénuée de tendresse, révèle des êtres empêtrés dans leurs habitudes, incapables de s’exprimer autrement qu'à travers les piques, les maladresses ou les faux-semblants.
Cette étude du quotidien est devenue la signature du tandem Bacri-Jaoui. Leur complicité artistique, prolongée au théâtre comme au cinéma, a donné naissance à quelques-unes des œuvres les plus marquantes de ces trente dernières années. Même lorsque leur histoire d'amour s'est achevée, leur dialogue d'auteurs, lui, ne s'est jamais interrompu, jusqu'à la disparition de Jean-Pierre Bacri en 2021.
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Retrouver 'Un air de famille', dans une mise en scène de Jean-Philippe AZEMA réalisée pour la Cie Tête en l'Air, c'est mesurer combien ce texte demeure d'une grande modernité. Encore fallait-il savoir lui donner le rythme et l'équilibre au niveau duquel de l'humour naît la cruauté, le rire laisse place à une émotion que l'on n'a pas sentie venir.
C'est bien le cas. On se retrouve ici, assis sur un gradin, face à des comédiens d'une vérité saisissante, avec l'étrange impression d'enfiler, au fil du spectacle, ces vieux vêtements qui épousent votre silhouette comme une seconde peau. Ceux que vous n'avez jamais eu le cœur de jeter parce que, de temps à autre, lorsque vous les ressortez de leur malle, vous vous y sentez immédiatement bien.
Ils ont gardé cette légère odeur de renfermé des souvenirs longtemps oubliés. Leur tissu est un peu usé, mais il suffit de les revêtir pour que remontent à la surface des sensations, des impressions, des fragments de vie que l'on croyait perdus. Et cela fait du bien. Un bien fou, même si tous ces souvenirs ne sont pas forcément heureux.
Ici, ce sont les non-dits qui envahissent l'espace et viennent vous coller à la peau. Nous sommes un vendredi un peu particulier : c'est l'anniversaire de Yolande. Les Ménard se retrouvent au café Au Père Tranquille avant d'aller dîner au restaurant. Enfin... c'est ce qui était prévu.
Ce qui va suivre fera apparaître, couche après couche, les failles, les frustrations et les petites lâchetés de chacun. Incroyable qu'une seule famille puisse en cumuler autant ! Et pourtant... On y trouve parfois un peu de grandeur, souvent beaucoup de mesquineries très humaines, mais toujours une émotion qui finit par nous rattraper.
L'humour est un délice. La moquerie et l'ironie se glissent dans les dialogues avec une finesse jubilatoire. Rien n'est appuyé, rien n'est méchant : chacun est libre d'y reconnaître un frère, une sœur, un beau-frère... ou, soyons honnêtes, un peu de lui-même. Car il y a forcément quelque chose qui vous concerne dans ces portraits de famille, qui font rire franchement... ou un peu jaune, selon les souvenirs que l'on rapporte avec soi.
Le rythme est parfaitement dosé, sans débordement, sans une parole de trop, ponctué de quelques respirations musicales. Et même sans tout cela, le décor, à lui seul, suffirait presque à faire naître le sourire tant il participe à cette atmosphère familière. Tous les ingrédients sont réunis pour composer un spectacle haut en couleurs qui donnera, selon les tempéraments, envie de chérir les repas de famille... ou de les fuir pendant quelque temps.
Voilà tout ce que l'on peut éprouver et ressentir, en assistant à l'une des représentations données au Théâtre des Corps Saints. Une parenthèse aussi drôle que mordante, où l'on rit beaucoup des autres... avant de réaliser que l'on riait peut-être un peu de soi. Ne vous en privez pas : si la séance du jour affiche complet, il reste encore quelques représentations jusqu'au samedi 25 à 16h50.
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Cath - L'Art de Cath
Chroniqueuse en toute Liberté
Un air de famille
Auteur⸱ice : Agnès JAOUI, Jean-Pierre BACRI
Mise en scène de Jean-Philippe AZEMA
Dans le rôle de Henri : Jean-Philippe Azema
Yolande : Letti Chollet-Laubies
Betty : Véronique Boutonnet
La mère : Isabelle Parsy ou Gwénola De Luze
Denis : Karim Wallet
Philippe : Alain Chapuis
Richard ARSELIN - Création lumière
Danielle CARTON - Collaboration artistique
William LET - Graphisme
Alain VILLETTE - Scénographie
Cie Tête en L'Air
Festival Off d'Avignon - Succès Avignon off 2025
Du 4 au 25 juillet
À 16h50 - Durée 1h20
CORPS SAINTS (THÉÂTRE DES)
Place des Corps Saints, Avignon 84000
Téléphone de réservation : 04 84 51 25 75
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CORPS SAINTS (THÉÂTRE DES) • Place des Corps Saints • 84000 Avignon