Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Sélection Sorties

Passion 💖 Musiques 🎶 Loisirs

Femme non rééducable

  FRANCE 

Femme non rééducable
Vue pour vous par Cath
Dans le cadre du #FestivalOff #festivalavignon
Femme non rééducable
 Mémorandum théâtral pour Anna Politkovskaïa 
de Stefano Massini, traduit par Pietro Pizzuti

mis en scène par Laurent Mascles

à partir de 14 ans / durée 1h20

Théâtre Au Bout Là-bas (ABLB)

23 Rue Noël Biret à Avignon (84)
Réservation 06 41 30 53 27

  •  Informations → réservations

Programmation : du 7 au 31 juillet 2021 à 19h15

(relâche lundi 26)

Parce qu'il faut des personnes qui témoignent, d'autres pour écouter, mais surtout parce que ce qu'elles nous disent ne doit pas rester paroles en l'air, je suis allée voir dans le cadre de cette édition 2021 du Off Festival d'Avignon, la version finalisée de "Femme non rééducable, Mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa💞, dont j'avais eu un aperçu il y a un an sous la forme naissante d'une lecture théâtralisée, au cours d'un Festival réduit à peau de chagrin.
 
"Chronique d'une mort annoncée". Si Gabriel Márcia Marquez ne l'avait pas déjà utilisé pour l'un de ses romans, voici un titre qui aurait pu correspondre parfaitement à cette réalisation.

Tout en nuances de gris et de noirs, une pointe de rouge représentative du sang versé, synonyme de la noirceur des âmes et de la violence des hommes, le décor est réduit à une chaise pour lui. Laurent Mascles , tour à tour rapporteur, colonel, terroriste, homme d'état, est impressionnant de force et de convictions dictées par des Pouvoirs extrêmes, dans un jeu parfaitement étudié et maîtrisé ... Marie de Oliveira , interprète de la journaliste Anna Politkovskaïa, est debout à côté de lui. 

Elle rapporte ce qu'elle a pu voir et entendre, là-bas en Tchétchénie, puis au cours de son intervention dans la prise d'otages russes par un groupe de Tchétchènes au théâtre Doubrovka à Moscou les 22 et 23 octobre 2002, avant de témoigner sur les conditions de son retour et de sa fin de vie en Russie.
 
Son discours est puissant, virulent, déterminé. La voix, le ton employés dénotent la peur, l'angoisse face à l'horreur, la cruauté, la mort ; ils sont criants d'une vérité que l'on prend en pleine figure, comme une grande claque.

Un écran de fumée est diffusé plus ou moins en continu sur un fond ténébreux, dans une pénombre transpercée parfois par un éclairage soudain des acteurs, comme un accusé soumis à un interrogatoire. Parfois, une lumière voilée tente de les unir sur un point de vue, un doute, un questionnement, un compromis, bien évidemment impossibles. La musique de Gilles Monfort a été composée spécialement ; elle est prenante, indissociable des dialogues, un rien psychédélique.  Enfin le jeu, surtout le jeu de ces 2 excellents comédiens! Un rien de gestes, tout dans la diction, le Verbe, le ton... et les regards! Oh! l'intensité des regards! ... dirigés vers les profondeurs noires de la salle, au-dessus de nos têtes, rivés sur une menace invisible, quelque chose d'ancré en eux qui nous échappe.

"Ni avis, ni commentaires, ni opinions, ni jugements."
Anna ne condamne pas, elle témoigne : contre le saccage, l'assassinat, la violence,  la torture et le viol. On l'accuse de diffamation, d'être folle, schizophrèneparanoïaque. Elle est incriminée, considérée comme une ennemie, menacée de tous bords.

"De quel côté est-elle ?" "Prendre position,  est-ce faire preuve d'intelligence ? "
S'enchaînent des récits, des témoignages, des interviews relatant des faits de guerre évidemment violents, sanguinaires : exterminations, attaques, attentats,... qui se rapportent à la période allant du début de la 1ère guerre en décembre 1994 (elle s'achèvera avec la victoire des Tchétchènes en décembre 1996 ) à l'assassinat d'Anna le 7 octobre 2006 à Moscou (elle avait 48 ans).

"Pour les Russes, la guerre en Tchétchénie était une guerre de rebelles à dompter. Pour les Tchétchènes, la Russie est une terre de chefs à chasser, dans le sang! (...) Il en est ainsi depuis le XVIIIè siècle. (...) Dans les deux camps, la guerre est devenue pratiquement un mode de vie. (...) Les mercenaires russes, hommes jeunes, souvent orphelins, vont même jusqu'à souhaiter qu'elle ne finisse jamais."

L'ouvrage de Stefano Massini traduit par Pietro Pizzuti est parfaitement respecté et restitué. Il rend les lettres et articles écrits par la journaliste terribles et beaux à la fois. Ce sont des textes forts qui nous amènent à réfléchir sur nos propres engagements.

La journaliste Anna Politkovskaïa pourrait sembler frêle et fragile dans cet univers guerrier mais il n'en est rien, bien au contraire. Malgré ses doutes et ses incertitudes, ses questionnements et ses hésitations à certains moments, c'est bien elle qui mène le jeu, ou presque... jusqu'à sa mort, décidée sur ordonnance. Devenue Femme non-rééducable, dans l'impossibilité d'un retour en arrière et d'un changement d'opinion, inéluctablement, elle avait fait son choix.
 
Compagnie de l'Île Lauma
 
Metteur en scène : Laurent Mascles
Interprètes : Marie De Oliveira, Laurent Mascles
Musique originale : Gilles Monfort
Régisseur : Michel Bajou

notre correspondante Avignonnaise

Rédaction : Catherine Giraud

unnamed    © Mise en page : Selection Sorties ...  FR  2017 • 2021 
  EMETTEUR : Cath G.  © Photos propriété de la rédaction
INFORMATION :  Propriété intellectuelle Pour utiliser les textes et photos il est impératif de mentionner l'adresse du blog selectionsorties.net ou de nous en faire la demande par mail selectionsorties@gmail.com  . 

DIFFUSION 26/07/2021

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :