Passion 💖 Musiques 🎶 Loisirs
5 Juillet 2026
FRANCE
R
ouge sur jaune : le rouge des coquelicots dans les champs de blés. Le blé, symbole de vie et d’espérance. Le coquelicot : fleur délicate et fragile qui annonce le printemps, Louise en l’occurrence, indépendante et volontaire, guidée par des convictions féministes, lucide et déterminée, mais si fragile à la fois.
Mais aussi… Rouge, la couleur du sang des trop nombreux blessés et morts pour la France, soldats abattus sur les terres nourricières des Hauts-de-France pendant la Grande Guerre, celle de ‘14/18’. Et jaune, celle devenue des mains des ouvrières, par les produits chimiques qu’elles manipulaient durant de longues et épuisantes journées de travail, pendant que leurs hommes mouraient par millions au front.
Cette vision de la Grande Guerre que les moins de 120 ans ne peuvent pas connaître, dont il ne reste plus de témoins, est portée par Michel Bellier, lui-même comédien et metteur en scène, auteur de cette pièce éditée en avril 2025. Déjà jouée par plusieurs Cies professionnelles/amateurs, elle a ici inspiré sans attendre à Alexander Liebe, une mise en scène épurée reposant totalement sur le jeu des artistes, et a amené la création de la Compagnie ‘En Suspens’.
L’ensemble est magnifiquement porté par ses quatre comédiennes qui incarnent des femmes très différentes de par leur éducation et leur évolution, leurs visions des choses, leurs sentiments et leurs passions. Avec ou sans enfants, époux vivant, blessé ou mort, parti faire la guerre en tout cas, en intégrant malgré elles un lieu jusqu’alors inconnu, elles vont acquérir sans le vouloir une forme de résistance, de capacité à lutter et à survivre qui deviendra leur force.
La vie et cette tragédie guerrière les ont réunies dans cette usine d’armement, quand elles ne se seraient jamais rencontrées si les hommes étaient restés présents. Mais surtout, la condition des femmes n'aurait pas changé et jamais évolué, ou aurait mis plus de temps à le faire, si elles n’avaient pas été projetées dans cette situation.
Toutes ces Femmes quelles qu’elles soient, l’Histoire ne parviendra jamais à les occulter vraiment. Un jour ou l'autre, elles réapparaissent ou réapparaîtront, sont ou seront réhabilitées dans leurs fonctions et qualités, par des hommes parfois, d’autres femmes plus souvent.
Ces oubliées au féminin rappellent les femmes que l'on a occultées durant des siècles et des décennies, que l'on ne cite parfois pas encore, quel que soit le domaine dans lequel elles se sont exprimées : l'art en général -littérature, peinture, sculpture ...-, la recherche et les sciences, et bien d’autres secteurs dans lesquels elles ont pu être conduites à développer leurs talents.
Toutes ces Femmes quelles qu’elles soient, l’Histoire ne parviendra jamais à les occulter vraiment. Un jour ou l'autre, elles réapparaissent ou réapparaîtront, sont ou seront réhabilitées dans leurs fonctions et qualités, par des hommes parfois, d’autres femmes plus souvent.
Ici, sur cette scène, celles qui en leur temps n'étaient rien ou pas grand-chose à leur époque, simplement dévouées à leur homme, leurs enfants, leur famille, reviennent en force grâce à ce texte qui porte haut des valeurs qui leur étaient jusqu’alors refusées.
Ô combien il est remarquable de constater que les êtres et les choses simples sont porteuses d'émotions ! Justice leur est enfin rendue, et nos cœurs fondent face à cette victoire qu’elles remportent.
Vous allez venir voir ce témoignage au 'Verbe fou' parce que la pièce est immanquable. Comme il en fut pour moi, vous vous laisserez gagner par une tendresse infinie pour chacune de ces femmes que la fatalité a réunies alors que leur destin semblait taillé pour les mener ailleurs, que rien ne les prédestinait à cela.
Vous rirez et vous attristerez avec elles, et les quitterez les larmes aux yeux, et le cœur gros. Vous vous direz alors que malheureusement, l'histoire n'est qu'un éternel recommencement et n'apporte ni raison, ni sagesse, ni humanisme. Car les plus jeunes femmes d’entre elles qui auront survécu, connaîtront aussi la guerre d'après, moins 'grande' mais encore plus destructrice de vie.
Sachant qu'il en sera ainsi encore longtemps si ce n'est toujours, au vu des conflits actuels qui se génèrent et s'éternisent inlassablement, aux politiques des nations qui intègrent le principe de guerre dans leurs données économiques et stratégiques, retenons de cette leçon de vie et d'histoire la capacité des individus à la résilience, l'amour, l'amitié, la solidarité, au combat sans les armes, et surtout à la force et à la volonté indéfectibles.
/image%2F4633924%2F20250713%2Fob_2748e3_34871.gif)
Cath - L'Art de Cath
Chroniqueuse en toute Liberté
Une pièce qui pourra être vue au Théâtre Libre à Paris prochainement.
Pour mémoire, quelques données relevées sur différents sites Web :
Le conflit de 14/18 a impliqué dans un premier temps les puissances européennes, avant de s’étendre à plusieurs continents par le jeu des alliances. Il a fait plus de 9 millions de morts et disparus (1,4 million pour la France), plus de 21 millions de blessés (4 millions en France). En moyenne, 900 jeunes Français mouraient chaque jour sur les champs de bataille.
En juin 2015, 15 000 « munitionnettes » sont comptabilisées dans des usines d’armement.
En comparaison, la Seconde Guerre mondiale (1939/1945) a fait plus de 60 millions de morts (soldats et civils).
Crédit photo d'époque : Par George P.Lewis—Wikipedia-(Le Travail des Femmes_pendant_la_Première_Guerre_mondiale)
/image%2F4633924%2F20260705%2Fob_d3e070_51ibwfodorl-sx195.jpg)
Les Filles aux mains jaunes
Auteur : Michel Bellier
Editions Lantzmann
Mise en scène: Alexander Liebe
Interprétation : Love Bowman, Nolwen Cosmao, Alicia Rousseau, Lucile Roux-Baucher
Compagnie En Suspens
Festival Off d'Avignon, du 3 au 25 juillet, relâche les 8, 15, 22 juillet
À 10h45 - Durée 1h25
95. AU VERBE FOU, THÉÂTRE LITTÉRAIRE
Rue des Infirmières, Avignon 84000
Tél : 04 90 85 29 90
Une envie de Théâtre ? De chroniques ? Dernier onglet SORTIES en haut du blog à droite, et sélectionnez la rubrique concernée !
Cliquez sur l'Oeil et retrouvez la sélection de Cath !
95. AU VERBE FOU • Rue des Infirmières • 84000 Avignon