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19 Juin 2026
FRANCE
R
etrouver une vision du monde par le regard différent de l’enfant, son innocence pure et simple dans son rapport avec les être et les choses, plus ou moins perdue par les adultes, depuis plus ou moins longtemps : loin d’une évidence, un défi dans l’imagination et la création de ce spectacle, qui n’a pas fait peur à la Compagnie Hors du Temps.
Mais « De quoi pourrait-on avoir peur ? » déclare Matthieu le Goaster, comédien, chargé de production et de communication, qui après avoir délaissé son métier a rejoint le monde du théâtre. Ce ne sont pas les créations de la Compagnie, qui reposent toutes sur des pièces écrites du même auteur, qui diront le contraire. D'ailleurs à ce sujet, pourquoi changeraient-ils d'auteur, quand ils s'accordent admirablement avec celui-ci, que la relation établie est devenue une franche amitié ?
Cette pièce de théâtre varie pourtant des précédentes - qui étaient elles-mêmes différentes -. Elle traite comme toujours des rapports humains - il ne pourrait en être autrement -, mais de manière plus intime, et surtout dans un tout autre style, par le biais de 8 personnages (3 comédiens) dont certains atypiques. Les relations affectives père(s) et mère(s), enfant(s) et mère(s), grand-mère et petit-enfant, copains et copines, en sont le fondement.
Sensible et émouvant, touchant par sa candeur, son esprit délicat et ses mots simples, son ingénuité face à la vie et au monde, l’enfant en est le fil conducteur. Il n’aura de cesse de vous plonger dans son univers, en lien avec un personnage également central mais dénué de vie, aux sens propre et figuré : la mère du père, sa mamie, une ‘marionnette’ réalisée avec beaucoup de réalisme. L’image que l’on peut malheureusement avoir d’une personne dénuée d’autonomie, de parole et d’esprit, également de la vieillesse.
La mémoire est un puzzle, un jeu d’enfant dans lequel il peut un jour ou l’autre, manquer des pièces. Et la grand-mère ‘n’a plus toute sa tête’ et ‘sucre les fraises’, selon les expressions consacrées qui ponctuent le récit, que notre jeune Charlie ne parvient pas, comme toute autre expression imagée, à prendre au second degré.
Et que d’émotions à suivre Charlie sur son nuage, dans son affection pour son aïeule qui reconnaît toujours son visage et semble l’aimer profondément !
On se réjouit de ce côté ingénu, de l’onirisme introduit par une fée Mnémosyne improbable, de la fantaisie apportée par une bande de 3 copains affectueux et fantasques dans leur touchante simplicité enfantine, leur imagination, leur sens de l’aide et du soutien, nous rappelant que nous avons pu être ainsi. Et que d’émotions à suivre Charlie sur son nuage, dans son affection pour son aïeule qui reconnaît toujours son visage et semble l’aimer profondément! Le lien du cœur est là, c’est évident.
Les parents, accaparés par leur rôle d’aidant auprès de cette grand-mère dont ils ont la charge, ont abandonné l'idée de vivre leur propre vie. Le père en particulier a bien du mal à dépasser ses états d’âme et le concret de la situation, à suivre l’enfant dans son monde. Bibliothécaire et médecin apparaissent dans des changements de costumes difficiles à imaginer tant ils sont rapides, des adaptations de décors ingénieux incorporées aux jeux sans failles des comédiens. La trame de l'histoire se tisse, nous mène vers une fin en apothéose, par le biais de situations peu ou pas ordinaires.
L’énergie fuse et déborde de ce spectacle qui enchante et émeut. De la terre à la lune, d’une bibliothèque à un cabinet médical, d’une maison et d’une chambre d’enfant à une école, vous êtes propulsé à la vitesse d’une fusée, vers un univers où l'amour fait sens. Mais si pour l'atteindre, il suffisait de conserver un cœur d’enfant ? Si les sentiments, les liens tissés avec les autres, étaient la clé ? Si l’écoute et la parole quand elles sont possibles, les cœurs et les corps sinon, les sentiments sincères, pouvaient répondre aux doutes, aux interrogations, au mal-être ?
‘Sucrer les fraises’ apporte des réponses à ces questions et vous fait voir bien des choses autrement. Ne vous privez en aucun cas de ce spectacle qui vous emmène sur le chemin de la mémoire et vous fait prendre conscience que les affres de la vie peuvent se teinter de rose.
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Cath - L'Art de Cath
Chroniqueuse en toute Liberté
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Sucrer les fraises
Texte de Sébastien Bizeau
Avec : Margaux Vicart (la mère, le médecin, Mnémosyne, une enfant/Clara), Jérémie Lutz (Charlie / l'enfant), Matthieu Le Goaster (le père, le bibliothécaire, un enfant/Ulysse), marionnette/la grand-mère créée par Francesca Testi
Mise en scène : Justine Vultaggio
Scénographie et mise en lumières : Raphaël Bertomeu
Costumes : Marion François
Autres pièces du même auteur montées par la Compagnie Hors du Temps : 'Heureux les orphelins', 'Pourquoi les gens qui sèment'
Note concernant Charlie : similitude avec la série d’ouvrages ‘Où est Charlie ?’ créée sous forme de ‘Wimmelbuch’ par le dessinateur Martin Handford (en particulier le tee-shirt rayé rouge et blanc.
Une comédie poétique présentée et vue en sortie de résidence, vendredi 19 juin 2026, dans la salle intimiste de la Factory – Chapelle des Antonins où elle est programmée dans le cadre du prochain Festival Off d’Avignon. Durée : 1h05
La Factory - Chapelle des Antonins, 4 Rue Bertrand, Avignon 84000
Tél. pour réservations : 09 74 74 64 90
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