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21 Juillet 2025
FRANCE
J
ulien Rocha, auteur et metteur en scène, présente cette année à La Factory, plus précisément au Théâtre de L’Oulle, durant le Festival Off d’Avignon, FAKE MICROFICTIONS la dernière pièce de théâtre, créée et montée en 2023 avec sa Compagnie, Le Souffleur de Verre. Très peu jouée jusqu’alors, c’est la première fois qu'elle sort de sa région ; c’est donc son premier Festival Off.
Pour la réaliser, Julien Rocha a passé 7 semaines dans des collèges et des lycées de la région ARA, abordant avec les jeunes des sujets tels la violence sur Internet, l'identité, les avatars, les réseaux sociaux ... Ce qu'il y a vu et recueilli a été mis en texte et en scène sous forme de microfictions, composant ce spectacle, tels des instantanés que l'on visualise sur le plateau et comme on ‘switche et scrolle sur un portable'.
Ici, tout passe et se passe avec ou sans filtres, par les réseaux : WhatsApp, Snap ou Insta ... Qu'il s'agisse de rapports familiaux, amicaux ou intimes. Il est évident que le sujet jaillit d’une réalité basée sur un consciencieux travail d’information. La mise en œuvre engagée par l’auteur-metteur en scène pour nous le présenter sous cette forme, est visuellement aboutie et techniquement ingénieuse.
Le sujet est confondant et inquiétant à la fois. Les personnalités des quatre adolescents sont attachantes, les interprétations des comédiens remarquables. Quelle que soit la génération à laquelle le public présent ici appartient (elles sont toutes représentées), on voit bien qu’il s'attache à suivre avec intérêt le chemin sur lequel on l’emmène, d'un univers virtuel à un autre, avec un amusement qui n’enlève rien au sérieux des situations traitées.
FAKE MICROFICTIONS, c’est le monde de l'adolescence tel qu’on le voit en ce premier quart du 21è siècle. Cette pièce lui est dédiée, n’apportant ni clé, ni morale, s’attachant seulement à attirer le regard, déclencher la réflexion.
Il est clair au final que le sujet est d’importance. Il est urgent d’interroger la jeunesse sur ce qui devient déjà leur mode de vie, tout en informant ceux et celles qui ont des enfants et des petits-enfants sur cette évolution. Les adultes sont nombreux aujourd’hui à chercher à comprendre leurs enfants pour mieux communiquer, sans toutes ces technologies intermédiaires.
Ce n’est pas évident ! Tout le monde semble avoir oublié comment on faisait avant. Si FAKE MICROFICTIONS pouvait nous y aider, était la solution ? … A voir sans faute, pour ceux et celles qui ont l’envie et la volonté d’essayer de renouer de vraies relations, quelles qu'elles soient.
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L' I N T E R V I E W
Julien Rocha, qui êtes-vous par rapport à ce spectacle que vous proposez cette année, à La Factory - Théâtre de L’Oulle durant le Festival Off d’Avignon ?
Je suis metteur en scène et auteur du spectacle ‘Fake’. En 2023, j'ai passé 7 semaines dans des établissements scolaires entre Montluçon, Clermont-Ferrand, Saint-Etienne, pour aller à la rencontre des jeunes, parler des réseaux sociaux avec eux.
Comment avez-vous imaginé et conçu ce spectacle ?
Je suis allé dans des collèges et des lycées, puisque le spectacle a vocation à être joué devant des classes de 3ème et 2nde.
Le matin, je travaillais avec des ados sur des thématiques, qui sont la violence sur Internet, l'identité, le corps, les avatars, les générations ....
L'après-midi, je m’y déplaçais à la manière d’une petite souris. C'est-à-dire que je restais sans bouger à regarder, observer. J’allais dans la cour de récréation, je prenais des notes et j'écrivais.
De ces notes, j’ai extrait entre 20 et 30 microfictions qui composent le spectacle, comme des instantanés. Vous allez entendre qu’il y a vraiment des moments où on sent que ça vient de témoignages d'ados.
En complément, il y a des scènes qui reprennent des choses que j'ai vues, d'autres qui sont construites à partir de sujets sur lesquels je me suis documenté. Il y a ainsi plusieurs prismes de vision possibles pour cette pièce. L'idée était d’écrire une pièce qui ‘switche’, comme on scrolle sur le portable.
S'agit-il d'une création Off 2025 ?
La pièce a été créée en 2023. Mais en fin de compte, on l'a très peu jouée. C'est la première fois qu'on sort de notre région. En tout cas, c'est notre premier festival Off avec ce spectacle.
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Vous présentez ‘Fake’ à La Factory au Théâtre de L’Oulle, chez Laurent Rochut, qui favorise la création en proposant tout au long de l’année à des compagnies émergentes, de s’installer chez lui, en résidence. Ça n'a donc pas été le cas pour ‘Fake’ ?
Non. Ça, on l'avait fait ici, à L’Oulle, pour la précédente création, ‘Surexpositions - Patrick Dewaere’, en 2020.
Vous êtes ainsi un adepte du lieu ?
Oui. J'aime beaucoup travailler avec Laurent Rochut. J'aime sa façon de soutenir les compagnies. C’est vraiment extraordinaire pour nous, cette démarche, ce soutien qu’il nous apporte. C'est la spécificité du lieu.
Combien avez-vous de créations à votre palmarès ?
Beaucoup ! … Ça fait 20 ans que je fais ce métier. Donc, à raison de 2, voire, 3 créations annuelles au début ... Maintenant, on crée beaucoup moins, pour des raisons contextuelles.
Que proposez-vous actuellement et quels sont vos projets ?
Nous avons un spectacle qui était présenté à La Chapelle des Antonins (toujours La Factory) durant le Festival Off en 2022, qui s'appelle ‘Étiquette(s)’ ; une histoire de ‘Pouatches’*, pour enfants à partir de 6 ans, sur les étiquettes sociales.
On avait aussi ‘Patrick Dewaere – Surexpositions’, un texte de Marion Aubert, qui tournait jusqu'à présent ; il va faire place à une nouvelle création, ‘Gynt’, toujours de l'auteure Marion Aubert, qui a reçu le prix Artcena en 2025 pour ce texte-là, et que l'on projette de monter pour 2026.
J'aime être protéiforme : les différences de tons, l'humour, les choses plus denses, plus complexes aussi, et puis... Comment dire ? J'aime aussi une langue un peu décomplexée.
Etes-vous fidèle à un environnement, un thème particulier dans le choix de vos mises en scène ?
Non. ‘Fake’, c'est presque un pas de côté. ‘Fake’, c'est sur et pour l'adolescence.
Le spectacle ‘Étiquette(s) dont on a parlé est pour la jeunesse.
'Gynt' sera un spectacle qui ne sera pas pour les adolescents ; les sujets seront trop crus.
J'aime être protéiforme : les différences de tons, l'humour, les choses plus denses, plus complexes aussi, et puis... Comment dire ? J'aime aussi une langue un peu décomplexée.
Vous souvenez-vous de la première pièce que vous avez créée ?
La toute première pièce que j'ai créée ? … Oh là là ! …
La première qui vous vient en mémoire alors ?
Je vais peut-être dire... Allez, je vais vous contrecarrer : je vais dire celle que je vais bientôt faire, qui s'appellera ‘TKT’, qui va parler des IA. Ça fait un petit moment que j'ai envie d’aborder ce sujet.
Là, je resterai un petit peu dans le domaine de ‘Fake’ : les réseaux sociaux, l'IA, l'informatique... A la différence qu’il n'y a pas d'histoire dans ‘Fake’. Dans ‘TKT’, il y aura une histoire, celle d'un Pinocchio actuel … qui ne sera pas une marionnette, mais une IA. Avec cette idée de rechercher l'humanité dans la machine.
Je pense qu'en fait, il faut se poser des questions. Il faut poser les questions à la jeunesse avec urgence, parce que ce n'est pas rien ce qui se passe actuellement. On est à un tournant, un passage très important.
Votre public, quel est-il ?
Pour nous, le public, ce sont tous les gens qui s'intéressent à la jeunesse. Alors on peut avoir des personnes qui sont âgées, qui ont des petits-enfants, qui ont envie de faire un pas vers eux, vers elles, qui ont envie de comprendre des choses. Ça, c'est un public, je trouve, assez formidable.
Il y a évidemment aussi ceux qui viennent, qui s'intéressent à la jeunesse parce qu'ils travaillent avec elle. Et puis après, tous les curieux/curieuses aussi.
Et les ados, évidemment.
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Pour finir, retrouvez-vous ce même public, durant le Festival Off, à Avignon ?
Il y a très peu d'ados à Avignon. C'est un public qui a un certain âge dans l'ensemble. On attend aussi les professionnels. Tous les jours, il y en a qui viennent. On espère des retombées pour notre spectacle par la suite.
J’aime quand les ‘ado’ viennent hors du cadre scolaire. Parce que dans le cadre scolaire, ils sont préparés. Mais il y a plein de spectacles à voir, des spectacles plus faciles, quand ce spectacle-là n’apporte ni clé ni morale et nécessite un regard, une réflexion.
On sent bien dans ce contexte qu'il y a plus d'ascendants, plus de réflexions chez les adolescents ; qu’ils cherchent à analyser… Et puis, on a des paroles d'ados qui sont un peu plus brutes. J'aime bien ce mélange.
https://www.la-factory.org/
Propos recueillis par Cath - L'Art de Cath
FAKE MICROFICTIONS
Interview de Julien Rocha,
auteur & metteur en scène
Cie Le Souffleur de Verre
Interprètes :
Hugo Anguenot, Fanny Caron,
Ayoub Kallouchi, Cédric Veschambre
Costumes : Marie Ampe
Création lumière : Jonathan Chassaing
Scénographie : Clément Dubois
Production : Marion Galon
Régie : Léo-Nil Joanin
Festival Off d'Avignon 2025
FACTORY (LA) - Théâtre de l'Oulle
Place de l'Oulle, Avignon 84000
Retrouvez les précédentes interviews 2024 :
'Les Rencontres ... → de L'Art de Cath
Chroniqueuse en toute liberté
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FACTORY (LA) - Théâtre de l'Oulle ○ Place Crillon ○ 84000 AVIGNON