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8 Juillet 2026
FRANCE
Les Filles aux mains jaunes
Rencontre avec Alexander Liebe, metteur en scène
Propos recueillis Au 95. Théâtre Le Verbe fou, Rue des Infirmières, Avignon 84000
Le dimanche 5 juillet, à 15h
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Festival Off d’Avignon, du 4 au 25 juillet 2026, à 10h45
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uite à la première représentation donnée de la pièce écrite par Michel Bellier en 2014, dans le lieu indiqué ci-dessus, j’ai rencontré son metteur en scène, Alexander Liebe. Ensemble, nous sommes revenus sur la création de la 'Compagnie En Suspens’, son travail autour de l’écriture, les défis de la mise en scène et les perspectives qui s'ouvrent déjà pour cette jeune équipe qui enregistre un très bel accueil dès la première représentation.
Entre exigence artistique, travail du geste et passion du théâtre, Alexander Liebe revient sur la genèse d'un spectacle qui touche profondément le public, et se met en perspectives.
Alexander Liebe : « Je voulais que la mise en scène repose sur le jeu des comédiennes ».
Jeune, simple, disponible, presque étonné par l'accueil que reçoit cette première création, le metteur en scène explique et raconte. Comment imaginer l'ampleur du travail accompli depuis plus d'un an ? Il parle doucement et tranquillement de son travail et de la jeune Compagnie qu’il accompagne au-devant des festivaliers.
Votre Compagnie se lance avec Les Filles aux mains jaunes. C'est donc votre premier projet ensemble ?
Oui, complètement. 'La Compagnie En Suspens’ a été créée au début de l’année 2023. Elle réunit les quatre comédiennes qui interprètent le spectacle, les membres du bureau de l'association et moi-même. En 2024, la comédienne Alicia Rousseau propose de mettre cette pièce en scène; elle devient ainsi notre premier projet.
Qu'est-ce qui vous a séduit, en découvrant ce texte de Michel Bellier, à l’origine de cette première création ?
« J'ai tout de suite su que je voulais monter cette pièce. Dès sa lecture, j'avais en tête un univers très épuré. Je voulais que rien ne détourne le regard du spectateur de ces quatre femmes et de leur histoire. »
Pourtant, comme souvent au théâtre, l'idée initiale se transforme au fil des répétitions ?
« On imagine certaines choses. Ensuite, il faut accepter qu’il y en ait qui fonctionnent, d'autres non. Les répétitions, les résidences que nous avons faites, ont servi à ça : connaître les comédiennes, tester, étudier leurs gestuelles, voir ce qu’il fallait prendre ou corriger. En fonction, le spectacle tel que j’avais pu l’imaginer a bien sûr évolué. Aujourd'hui, le résultat est très proche de ce que j'en attendais, mais il s'est surtout enrichi grâce au travail collectif. »
Une notion de collectif qui revient souvent dans ses réponses.
En parallèle, si le décor se veut volontairement minimaliste, rien n'est laissé au hasard.
Toute la force du spectacle repose sur le jeu des comédiennes ?
« Oui, c'était le principe. »
« Nous avons très vite compris que la difficulté ne viendrait pas seulement du texte. Il fallait aussi inventer une gestuelle crédible. Au début du travail, dès les mouvements ajoutés, le texte tendait à échapper ! On ne savait plus quoi faire : parler, bouger... Il a fallu apprendre à faire les deux en même temps. »
Cette chorégraphie du quotidien d’une ouvrière n'avait rien d'évident.
« Nous avons trouvé très peu de documents montrant le travail réel des femmes dans les usines d'armement durant la période 1914-1918. On savait que les machines étaient énormes, conçues pour des hommes, qu'elles demandaient beaucoup de force. Alors nous avons effectué des recherches, puis laissé une part importante à notre imagination pour inventer une gestuelle qui soit crédible et naturelle. »
Le résultat est saisissant. Les mouvements sont répétitifs, précis, presque mécaniques. Peu à peu, ils deviennent une véritable partition scénique, avant d’aller au-delà tant ils semblent naturels.
Lorsque je lui fais remarquer que cette simplicité apparente est certainement le fruit de beaucoup de travail, Alexander Liebe acquiesce.
La conversation glisse ensuite naturellement vers Michel Bellier, auteur de ce texte qui connaît aujourd'hui un succès remarquable.
Plusieurs compagnies s'en sont emparées, tant professionnelles qu'amateurs. Au point que l’auteur rappelle avec humour sur les réseaux sociaux qu’il a également écrit plusieurs autres pièces de théâtre ! Alexander Liebe sourit ; il est parfaitement conscient de ce fait.
« Oui, cette pièce est devenue la plus jouée de Michel Bellier. Il y a notamment eu la mise en scène de Johanna Boyé qui a connu un très grand succès et a été nommée aux Molières. Ce texte touche énormément de monde. Il trouve aussi sa place dans les établissements scolaires parce qu'il croise l'Histoire, la mémoire et la condition féminine. »
Dans ce métier, le contact humain est très important. Une captation permet de découvrir un spectacle, mais rien ne remplace une rencontre.
A peine lancée, cette création ouvre déjà d'autres portes, ce dont les comédiennes associées à leur metteur en scène s’étonnent.
Ainsi, en septembre prochain, Les Filles aux mains jaunes sera accueilli à La Scène Libre à Paris.
« Nous ne nous attendions vraiment pas à ce que les choses aillent aussi vite. Les responsables de la programmation ont découvert notre captation vidéo. Ensuite nous nous sommes rencontrés. Ils avaient aimé le texte, apprécié notre travail, et le contact est tout de suite passé. »
Le bouche-à-oreille, les rencontres, les échanges, et surtout les interactions physiques sont essentiels pour la diffusion.
« Dans ce métier, le contact humain est très important. Une captation permet de découvrir un spectacle, mais rien ne remplace une rencontre. »
Enfin, à propos de son parcours, le jeune metteur en scène raconte…
« Né en Allemagne, j’ai rejoint la Bretagne à l'âge de neuf ans avec ma mère, avant de poursuivre mes études à Beauvais puis de travailler plusieurs années à Bourges, dans un domaine sans rapport avec le théâtre. »
« Je faisais déjà du théâtre amateur, mais un jour j'ai décidé de me lancer. J'ai quitté mon métier pour intégrer le Cours Florent à Paris. A ce jour, je suis intermittent du spectacle depuis déjà 4 ans. »
Les Filles aux mains jaunes constitue votre première mise en scène professionnelle ?
« Oui. C'est mon premier projet personnel en tant que metteur en scène pour un public en dehors des scolaires. » Les répétitions ont commencé en septembre 2024 : résidences, interruptions, reprises...
« Nous avons travaillé par sessions, parce que chacun/chacune d’entre nous était engagé(e) sur d'autres productions. Il est difficile de dire combien d'heures cela représente. Ce qui est certain, c'est que le spectacle continuera d'évoluer à chaque représentation, comme tout spectacle vivant. »
Et l'avenir ?
Alexander Liebe ne manque pas de projets.
Tout en accompagnant la diffusion de Les Filles aux mains jaunes, il participera en tant que comédien à une nouvelle création inspirée de La Pouponnière d'Himmler, menée par la Compagnie "Ma Langue au Chat", qui sera créée en Allemagne avant une présentation espérée au Festival Off d'Avignon 2027.
Au moment de nous quitter, il confie avec émotions :
« Nous avons joué à guichets fermés aujourd'hui. Franchement... nous ne nous attendions pas à un tel accueil. Nous sommes très heureux. »
Au final, sans jamais chercher ‘l'effet particulier’, Les Filles aux mains jaunes touche juste. Parce qu'il fait confiance aux mots, aux silences, aux regards et à quatre interprètes remarquables, Alexander Liebe signe une première mise en scène d'une très belle qualité. Un début particulièrement prometteur pour la Compagnie ‘En Suspens’, dont on ne manquera pas de suivre désormais le parcours avec beaucoup d'attention.
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Cath - L'Art de Cath
Chroniqueuse en toute Liberté
Retrouvez les précédentes interviews 2024 :
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✔ (P) PARTENAIRE & RÉDACTION : CATHERINE GIRAUD